Vous reprendrez bien une petite balle ?

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Halloween sur les marches de l’abbatiale avec Christine Philbée – La Chaise-Dieu (Haute-Loire) – © P. Philbée

Combien de temps pourrions nous nous regarder avant que l’un de nous deux ne se tire le premier ?

A force de nous renvoyer la balle bien profilée, bien fuselée, transperçant l’air dans un petit sifflement tout léger, arrogant, un de nous deux finira par lâcher le premier.
Avec le temps nous nous dés-aimons et finissons ensemble par avoir le même objectif. Nous faire souffrir et nous dégommer.

– « Après vous je vous en prie, honneur aux dames.
– Je vous remercie très cher, cette fois-ci je ne vais pas vous louper.
– Combien de balles vous reste-t-il ma Chérie ?
– Suffisamment pour m’amuser un peu, je suis d’une humeur massacrante ce soir…
– Quand vous aurez joué, je vous demanderai de ne pas bouger, c’est agaçant de ne faire que vous égratigner.
– Il faudrait que tu vises un peu mieux, tu es myope comme une taupe.
– Et toi que tu te taises, j’aurais mieux fait de vivre avec une carpe. Carpe diem !
– La dernière je te la garde entre les deux yeux, juste pour rire un peu.
– Ne ris pas trop, tu risques de défigurer ton joli visage buriné par mes balles.
– Tes menaces sont aussi intenses que si je voyais les fauves du Douanier Rousseau sortir du tableau.
– En parlant de tableau, même en peinture j’aurais du mal à t’accrocher.
– Tu ne veux pas retourner chez tes parents et me laisser respirer ?
– Mais Chérie, tu sais bien qu’ils ne sont plus en vie !
– C’est bien ce que je dis…
– Tu es petite, mesquine, et pourtant tu m’envahis.
– je vais me coucher car il n’y a que les yeux fermés que je peux encore te supporter. »

J’ai gagné par abandon.
Il n’empêche que j’ai l’air con, à vivre seul, dans cette grande maison, où nous ne sommes plus que deux.

Nous avons attendu que les enfants grandissent.
Ça fait des années qu’ils sont partis.
Malgré notre haine l’un pour l’autre, nous avons tous ces souvenirs, bons et pénibles. Ces souvenirs où nous étions soudés, même dans l’adversité.
En regard de tous ces moments où nous n’étions qu’un, nous ne pouvons nous quitter.
Nous ne pourrions plus partager par une lueur, un regard, une situation passée dont nous étions fiers l’un de l’autre.
Nous avons tellement vécu ensemble que nous séparer serait, un manque, une petite mort pour un renouveau incertain.
Alors, la nuit, après nous être bombardés, et lorsque tu vas te coucher, il ne me reste plus que l’alcool pour me noyer.
Le lendemain, une fois dé-saoulé et quand tu commences à marcher du mauvais pied, nous n’avons plus qu’à attendre la noirceur de la soirée.
Par une belle soirée bleutée de nos apparats renouvelés, nous attendons avec impatience celui qui tirera le premier.

Ensemble nous déferons le monde pour mieux nous dessouder, en souvenir de ces moments où nous nous sommes tant aimés.

 

Paul Philbée – 04-2018

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Auteur : Paul Philbée

Vous trouverez des textes que j'écris au fil de l'eau. Je leur associe mes photos. Ce n'est pas ma vie, n'allez pas imaginer cela ! C'est un amalgame tiré de mes pensées à un moment donné.

2 réflexions sur « Vous reprendrez bien une petite balle ? »

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