Si nous pouvions nous regarder

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Vivien – Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme) – © P. Philbée

Si nous pouvions nous regarder
Face à face
Droit dans les yeux
Qu’y verrais-je dans tes beaux yeux foncés

La Provence, les cigales, la lavande
Le soleil et les gorges guidant le lit de la rivière

Si nous pouvions nous regarder
J’y reverrais aussi ces scènes

Tes parents qui ne voulaient pas que tu ailles te promener seule
Mais que tu aides aux tâches de la maison
Un travail quotidien qui n’attendait pas tes frères

Si nous pouvions nous regarder
J’y reverrais aussi le bleu dans tes yeux foncés

L’amour qu’on a cru naître au détour des recoins
Ces quelques baisers volés sur nos itinéraires planifiés
Enlacés nous-nous oubliions l’espace d’un moment
Hors du temps

Pour nous regarder nous aimer
Nos bouches se sont écartées
Laissant entrevoir tes lèvres encore humides
Ces pommettes rosées
Et tes cheveux tombant sur tes yeux

De mon pouce
Les doigts posés derrière le lobe de ton oreille
Je les ai écartés pour faire apparaître
Tes yeux sombres et lumineux

Je les ai regardés espérant m’y noyer
Puis j’ai senti ton regard flotter, se dévier
Laissant peu à peu dans ta voix délavée
Remonter ton enfance et le désamour qu’on t’a portés

Toi, l’enfant non désirée
Triste de n’avoir pas été choyée
Ou rassurée quand tu grandissais

Ce chagrin de n’être pas née frère parmi les tiens
Ton regard aux yeux diamants
A fait apparaître au coin de cette goutte d’eau un défaut
Minuscule crapaud de la pierre taillée

Ecce Homo

J’ai perçu dans tes yeux
Un avenir sûrement radieux
Aux garçons qui naitront
Mais la peur d’une chance sur deux
Et ne pas savoir comment tu réagiras
M’a fait reculer d’un pas

Parfois l’enfance qu’on a eue
Est reproduite inconsciemment
L’enfant devenant mère
Saura-t-elle se détacher d’une culture si prégnante ?
Laissera-t-elle dominer l’amour d’une mère ?
Quels seront tes sentiments face
A l’insouciance de l’adolescence ?

J’ai connu des personnes qui ont souffert de leur enfance
Et qui ont tout fait pour ne pas reproduire sur l’autre les douleurs endurées
Ancrées dans le temps

Si tes sentiments balançaient
Du coté des coutumes de l’ancien temps
Pourrions nous vivre dans l’amour
D’une vie d’un enfant ?
Ou tirerions nous chacun dans un sens opposé ?

Nous avons fait ce pas en arrière
Et nous-nous sommes donnés ce baiser
Le dernier
Puis nous-nous sommes quittés
Car aucun de nous deux n’a pu infirmer
La crainte de nos pensées

Si nous pouvions nous regarder
Dans un avenir lointain
Avant de nous engager
Peut être ne nous serions-nous
Jamais quittés

Paul Philbée – 04/2018

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Auteur : Paul Philbée

Vous trouverez des textes que j'écris au fil de l'eau. Je leur associe mes photos. Ce n'est pas ma vie, n'allez pas imaginer cela ! C'est un amalgame tiré de mes pensées à un moment donné.

6 réflexions sur « Si nous pouvions nous regarder »

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