« Quoi de neuf… » (Modif. / Redif.)

Accès Salle du trésor – Cathédrale du Puy-en-Velay (Haute-Loire – Auvergne) – © P. Philbée

Je te vois
Je te regarde
Tu es assis à attendre

Un signe
Aurais-tu encore besoin d’un signe
Pour te mettre à bouger

Tu viens
Tu entres et tu clames
« Alors … Quoi de neuf ? »
Tu fais trois tours puis tu t’assois

Alors que tu fermes déjà les yeux
Je te réponds « Tout vieux… »

J’avais accepté de te revoir
Malgré les longs silences
De nos conversations

Pensant que je découvrirais
Ce qui t’empêche de te confier

J’avais imaginé une enfance fêlée
Un secret de famille
Cette petite chose cachée
Conduisant à tes paroles avortées

J’avais cru
J’avais imaginé

J’ai cherché
Et puis j’ai abandonné

Assis dans le canapé
Tu attends

Je me sens oppressée
Un peu violée
Dans mon intimité

« Quoi de neuf… »
« Quoi de neuf… »

Ces mots résonnent dans mon esprit
Comme un vieux pilier creux
Qu’on vient à frapper
Pour détacher la rouille
Qui s’y est déposée

« Quoi de neuf… »

Je lève les yeux au plafond
Mes pensées vagabondent
Sur le tourniquet de la solitude

Qu’est ce qu’il en a à faire
De ce qu’il y a de neuf

Il n’a qu’à le dire
Lui de son côté
Ce qu’il y a de neuf

Il y en a toujours
Qui veulent savoir
Sans jamais rien dire

J’ai ce couteau dans les mains
A découper les tomates
Avant de se mettre à table

La lame brille encore un peu
Sous le sang jaune oranger

Et j’imagine te l’enfoncer
En te disant
« Voila ce qu’il y a de neuf
Je viens de te tuer »

Mais ici on ne se quitte pas
Ici on disparait

Comme d’autres l’ont fait avant moi
Au signe de la photo du défunt
Posée sur le buffet

Mais qui de nous deux partira en premier
Qui de nous deux rendra à l’autre sa liberté

Dans combien de temps
En combien de parties jouées

Tu es assis là à attendre
Comme ces vieux de la maison de retraite
Qui voient passer les gens
Assis dans un fauteuil

Ils n’ont plus rien d’autre à attendre de la vie

Quelqu’un s’arrête
Et ils sont perdus

La lumière de leurs yeux
Vient à vaciller

Dans ce creux des flots
De l’absence de mots

J’ai apporté le dîner

Nous avons mangé
L’un à coté de l’autre
Face à la télé

J’ai fait la vaisselle
Tu es resté assis

J’ai ramassé les miettes de pain sur la toile cirée
Tu n’as pas bougé

J’ai nettoyé la table d’un coup d’éponge
Tu as reculé ta chaise
Pour me laisser passer

J’ai ouvert le buffet
Et j’ai sorti le jeu qu’un jour
Tu avais trouvé au grenier

Tu t’étais exclamé
« Hé ! j’avais le même en un peu moins abimé
Qu’est ce que j’ai pu y jouer »
Je t’avais répondu
« Emporte-le si tu veux… »

Voyant ton sourire
J’avais accepté la partie proposée
Il y a de cela quelques années

J’ai ouvert le jeu
Placé les petits chevaux
Comme hier
Les jaunes et les bleus

Je t’ai demandé
« Tu veux jouer ? »
Comme tous les soirs tu as répondu
« Hé… Hé… Je vais encore gagner ! »

Nous jouons au jeu de notre enfance
Sur fond sonore de la télé

Alors quoi de neuf ?

Comme tous les soirs
Tu as gagné

Et ce soir aussi
Tu m’as souri

Et puis tu es reparti

 

Paul Philbée – 06/2018 (11/2019 pour les modifications)

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