Quoi de neuf

Accès Salle du trésor – Cathédrale du Puy-en-Velay (Haute-Loire – Auvergne) – © P. Philbée

Je te vois
Je te regarde assis à attendre
Comme s’il y avait la télé

Un signe
Aurais tu encore besoin d’un signe

Tu viens
Tu entres
« Alors … Quoi de neuf ? »
Tu fais trois tours et tu t’assois

Je te réponds
« Tout vieux… »

Je ne veux plus parler
Et tu ne te demandes pas pourquoi
Tu ne me le demandes pas

J’avais accepté de te revoir
J’avais cru que je te découvrirais
J’avais imaginé une enfance fêlée
Un genre de truc caché
Qui fait que tu n’oses plus t’exprimer
J’avais cru
J’avais imaginé

J’ai cherché
Plusieurs semaines
Des mois une anné

Depuis j’ai abandonné

Assis dans le canapé
Tu attends

Je me sens oppressée
Violée dans mon intimité

Quoi de neuf… Quoi de neuf
Qu’est ce que tu en as bien à faire
De ce qu’il y a de neuf

C’est toi qui sors
Qui vois des gens
Tu n’as qu’à le dire ce qu’il y a de neuf

Il faut qu’il y en ait toujours qui prennent
Et qui ne veulent jamais rien donner

J’ai ce couteau dans les mains
Pour préparer la viande
Avant de mettre la table

Comme j’aimerais te l’enfoncer
En te disant
« Voila ce qu’il y a de neuf
Je viens de te tuer »

Ici on ne se quitte pas
Ici on disparait
Alors on reste
Jusqu’à retrouver la liberté
Signe d’une photo posée
Du défunt sur le buffet

Mais qui de nous deux partira en premier
Qui de nous deux rendra à l’autre sa liberté
Et pour combien d’années

Tu es assis là à attendre
Comme ces vieux à l’hospice
Qui n’ont plus rien d’autre à attendre de la vie
Que de crever

J’ai besoin de partir
De changer d’air
Mais j’ai déjà essayé

Quand je reviens tu es là
Toujours là pour entrer
Et me jeter à la figure
Ta phrase comme une onomatopée
« Alors… Quoi de neuf… »

Nous avons mangé l’un à coté de l’autre
J’ai fait la vaisselle pendant que tu étais assis
A caresser les miettes de pain sur la toile cirée
J’ai nettoyé la table d’un coup d’éponge
Puis j’ai sorti le jeu que tu as trouvé un jour au grenier
Tu m’avais dit « Hé ! j’avais le même en un peu moins abimé, qu’est ce que j’ai pu m’amuser »
Je t’avais répondu « Emporte le si tu veux, j’ai passé l’âge d’y jouer »
Voyant ton sourire j’avais accepté cette petite partie proposée
Ce jour là il n’y avait rien à la télé
Il y a de cela quelques années

J’ai ouvert le jeu
Placé les petits chevaux
Les jaunes et les bleus
Comme tous les soirs je t’ai dit
« Tu veux jouer ? »
Comme tous les soirs tu as répondu
« Juste une petite partie »

Comme tous les soirs nous jouons au jeu de nos enfances
Tous les soirs depuis que j’ai revendu la télé

Alors quoi de neuf ?
Tout vieux

Comme tous les soirs tu as gagné
Et ce soir aussi tu m’as souri

Paul Philbée – 06/2018

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Auteur : Paul Philbée

Vous trouverez des textes que j'écris au fil de l'eau. Je leur associe mes photos. Ce n'est pas ma vie, n'allez pas imaginer cela ! C'est un amalgame tiré de mes pensées à un moment donné.

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