Tu m’as dit

Entrée du cloître de l’abbaye de Lavaudieu (Haute-Loire) – © P. Philbée

Nous sommes allés en Normandie,
Voir ses falaises et ces ciels gris.
Tu m’as dit, j’aime pas la pluie…

Alors nous sommes partis.

Direction la Bretagne,
Le golfe du Morbihan et ses alignements.
Tu m’as dit, des grosses pierres posées droites, quel exploit…

On est descendus à Noirmoutier voir le Gois, imaginer l’attente, autrefois, pour franchir cette unique route entre deux marées.
Tu m’as dit, il est midi, si tu veux déjeuner de l’autre côté, on n’a qu’à passer par le pont…

On est partis sur Hossegor,
Peut être pour voir Igor.
Ils déroulaient leurs planches sur les grands rouleaux de l’océan.
Glissant, tels des funambules, sur le bruit de l’écume.
Tu m’as dit, et après ils recommencent, et ils font ça toute la journée ?

Toulouse, ses briques roses, le canal du Midi, le Capitole.
Je t’ai proposé l’hôtel du Grand Balcon.
Nous avons pris la chambre de Didier Daurat,
Histoire de s’envoler un peu, de chasser les nuages.
Tu m’as dit l’aéropostale, des facteurs, des postiers…
On est à l’époque des drones.
Il n’y a plus de quoi se tuer pour un courrier à acheminer, pour le mot de mémé.
Elle n’a qu’à téléphoner…

– Assezat ?
– J’en veux pas !

Tu m’as dit la France, il y en a assez.
On ne va quand même pas passer notre vie à la détourer.
Ne pourrait on pas sortir un peu ?
Voir plus loin, à l’étranger ?

On dit souvent qu’il faut s’aimer soi-même pour aimer les autres.
Peut être faut il aimer son pays, ses curiosités, pour aimer l’étranger.

– Ma chérie je sais ce qu’il te faut !
A personne exceptionnelle, il faut un voyage hors du commun.
Le plus grand jamais imaginé.
C’est pas du Cousteau, ni même du Jules Verne.
C’est du Rock,
De l’américain,
Du pays de Disney Parks,
De la machine à pop corn,
Et du M&MS World museum.
C’est sûr, ça va te plaire, c’est à plus de vingt mille lieues d’ici !

On s’est vite dépêchés,
J’ai ramé pour traverser l’Atlantique.
Mais à la douane ils ne t’ont pas reconnue.
Tu n’arrivais pas à ôter le sourire qui n’apparaissait pas sur ta photo.

Nous étions pressés.
Nous n’avions pas tout ce qu’il fallait pour faire ce grand voyage.
Nous aurions commandé une place de premier choix.
Rien que pour toi, j’aurais dépensé tout ce qu’on avait.
J’aurais travaillé dans un cirque, fait la manche, braqué une supérette.
Je me serais transformé en homme-canon,
Pour que tu puisses monter à bord de ce dragster, de ce ballon.

Je te promets que je vais travailler dur,
Pour que tu puisses y aller au prochain décollage.
Si ça ne suffit pas, je vendrai des aspirateurs, j’arnaquerai, je volerai.
Si ça ne suffit encore pas, je te cacherai à la place de la roue de secours,
Dans la boîte à gants.
Dans un endroit où personne ne te trouvera.

Nous y voilà !
Attends une minute ou deux après le décollage.
Tu pourras t’asseoir à droite sur le siège passager.
Il n’y a qu’un gars de prévu, face au volant.
Assise à une place confortable,
Tu auras des étoiles plein les yeux,
Et dans le rétroviseur la terre qui t’a apportée si peu.

Chut !
Ne bouge pas.
Je te dis bon voyage ma chérie.
Cette fois-ci ça te plaira.
Je ne monte pas, car il n’y a pas de place pour trois.
Tu me raconteras quand tu redescendras.

Les yeux étincelants,
Une dernière fois je t’aurai embrassé.

Même si la terre est très belle vue de là-haut,
je reste, je n’ai pas fini de l’explorer.
J’en suis encore à la France.
Je la parcours en cercles concentriques.
Bientôt à l’étranger.
Encore quelques années de ces tours, toujours plus grands.

Il arrivera un jour,
A force de sillonner,
Toujours plus vite, toujours plus haut.
Il arrivera un jour, avant de m’épuiser, où je ferai le grand saut.
Pour avoir la vue sur notre planète et ses grandes eaux.

En orbite autour de la terre,
Je te retrouverai,
Et je te raconterai comme c’était beau.

Je te dirai que vue d’en haut,
Ou vue d’en bas,
La terre est bien plus belle,
Vue sans toi.

Paul Philbée – 02/2018

Tunnel du Lioran (Cantal) – © P. Philbée
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Auteur : Paul Philbée

Vous trouverez des textes que j'écris au fil de l'eau. Je leur associe mes photos. Ce n'est pas ma vie, n'allez pas imaginer cela ! C'est un amalgame tiré de mes pensées à un moment donné.

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