La boutique de Poésie

Boutique de Poésie Paul Coban à Saint-Pierre d’Oléron – © P.Philbée
J’ai fait le déplacement, spécialement pour voir si cette boutique existe encore.Souvenirs d’étés, enfant à l’Ile d’Oléron.
Je devais avoir 10 ou 12 ans la première fois.
Ma sœur, bien plus âgée, m’emmenait dans cette boutique curieuse.
Le poète était assis et lisait à voix haute certaines fois.
D’autres fois nous parcourions la boutique.
Atmosphère curieuse, marquante.
Il y a de cela de nombreuses années.
Alors que beaucoup de choses ont changé à Saint Pierre, la boutique est toujours là.
Intacte.
Elle est fermée. On est hors saison.
J’ai pris cette photo spécialement pour elle.
Je lui ai montrée.
– J’ai pris cette photo pour toi, tu te souviens ?
– Oui, ça me dit quelque chose… C’est à Saint Brévin ?…L’enfance est faite de ces moments qu’on n’oublie pas.
Ces moments communs, marquants.
Ou pas, suivant la sensibilité de chacun.

Paul Philbée – mai 2012 – Photos de la boutique de poésie de Paul COBAN à Saint-Pierre d’Oléron : 12/2010

 

4 Comments

  1. Saint Brévin. Ce nom révèle toute une palette sensuelle de souvenirs, le bruit du vent dans les dunes, les odeurs d’embruns et de crêpes, des pins parasols dont les épines picotaient la peau et dont la résine la poissait un peu. Souvenir d’un phare, de feux d’artifice, de voitures à pédale, de manège, de barbe à papa, de gaufres brûlantes. Mais de boutique de poésie, point…

    Aimé par 1 personne

      1. J´ai bien connu Paul Coban durant le mois de juillet 1986. Revoir sa boutique me rappelle de bons souvenirs. J´étais de passage dans l´île et dormait chez ma tante à Saint-Pierre, j´avais 25 ans à l´époque. Je ne connaissais rien de l´île d´Oléron alors j´y suis allé à pied vers le centre ville. A l´angle d´une rue, trois jeunes tentaient de voir quelquechose à travers la vitrine d´une boutique. De vieux rideaux occultaient l´intérieur obscur. D´un coup la porte s´ouvrit violemment !! On fit tous un petit saut en arrière ! Et un grand bonhomme maigre ressemblant un peu à Don Quichotte cria : « Alors ? Vous rentrez ou non ? ». Le ton était un tantinet agressif et on resta figé un moment sur le trottoir et il dit : « Allez, venez ! Entrez ! je vais vous raconter une ou deux poésies .. ». A ma surprise, le petit groupe se laissèrent convaincre et entra.. et moi aussi ! (je dois avouer que je ne serais jamais entré si l´une des filles du groupe n´avait pas attiré mon attention !). L´intérieur du local était miteux et peu limineux, il y a avait ici et là de vieux objets, les livres poussiereux sur les étagères. Il avait installé des chaises en bois et l´on s´assit en silence. J´ignorai encore qui était ce personnage. Je n´ai jamais été attiré par la poésie. Il commença à lire rapidement d´une manière saccadée tout en faisant des allées et venues autour de nous ! On le regardait et on se regarda avec un léger sourire. Certes, il s´avait écrire mais il ne s´avait pas raconter. Le rythme et le ton n´y étaient pas mais bon.. c´était sa manière à lui de s´exprimer. Entre autres, il nous lu, avec une certaine hargne, un texte avec une forte idendité anarchique. J´immagine qu´il avait écrit ça un jour de colère. Ce n´était plus de la poésie sinon une sorte de règlement de comptes envers la société. Pendant son récit, je regardais avec plus d´attention ses habits froissés et les vestiges d´une autre époque posés ici et là. Comment faisait-il pour vivre cet homme ? Les artistes, les poètes, avant d´arriver à une certaine reconnaissance, ne sont pas des gens qui roulent sur la fortune. Ce n´est pas le but premier. À la fin de la séance, il nous demanda si cela nous avait plu et que l´on pouvait donner une somme d´argent que l´on pensait raisonnable. On se sentait un peu obligé d´acquiescer. Je ne sais pas pour le reste du groupe mais mon sentiment envers cet homme m´inspirait de la compassion, de la compréhension. Il y a des gens qui souffrent intérieurement, qui vivent mal, qui vivotent et il faut éviter de les froisser car on ignore tout de leur sensibilité émotionnelle. Peut-être luttent-ils pour garder la tête hors de l´eau ? Peut-être ont-ils tout essayé et qu´ils sont là, à ce moment précis, au bout du rouleau ? Vouloir les y enfoncer serait presque criminel même si nos arguments. Il faut savoir faire preuve de tact et quelquefois, il est préférable de savoir s´abstenir. La vérité peut-être destructrice pour des personnes psychologiquement fragiles. Je sentais que Paul pouvait appartenir à cette catégorie vu que dans ma famille proche, il y a un membre qui lui ressemble. Certains ne survivent que grâce aux petits ballons d´oxygène que leur procurent de courts moments positifs au quotidien cela leur remonte temporairement le moral et l´estime de soi. Le reste du temps, ils se maintiennent en équilibre sur le fil du rasoir. Tanto ils se trouvent au creux de la vague et tanto sur la crête. Ce personnage décalé m´intriguait alors je suis allé le voir tous les jours non plus pour écouter ses poèmes sinon pour l´observer dans sa vie au quotidien. Tous mes aprioris ont été confirmés alors je l´ai aidé comme je l´ai pu. Un soir, je lui dis :  » à demain Paul ! ». Il me répond : « Demain non ! Je vais au port pour peindre ». Effectivement, j´avais remarqué dans sa boutique quelques petites toiles. Les couleurs étaient trop brillantes pour être anciennes. Hormis, l´écriture, il s´adonnait à la peinture. Faire du feu de tout bois était son quotidien. On lui retirera pas son côté actif. Un jour, il m´amène dans sa cuisine et il me montre des cagettes d´abricots un peu abîmés récupérées au marché couvert non loin de là. « Regarde ce qu´ils m´ont donné ! Je vais en faire des bocaux de confitures ». Il allait les faire au feu de bois et au sucre de canne roux et les vendraient aux touristes. « Tu me donnes un coup de main ? « , -« oui bien sûr !  » et on passa presque deux jours à éplucher tout le stock qu´il fit cuire dans une marmite en cuivre. Il y tenait ! Il fallait que ce soit cuit dans une marmite en cuivre. Pendant un mois nous avons partagé pas mal de choses : des idées, des techniques, des recettes. J´étais disponible comme personne. Comme je pouvais l´immaginer, il me fit part de ses soucis me disant qu´il ne tarderait peut-être pas à repartir vivre à Paris et cela avant même la fin de l´été. Souvent plongé dans ses pensées, il avait des petits moments d´absence. Il me faisait confiance et chose bizarre, il m´écoutait quelquefois. Il compris que je n´étais pas nuisible pour lui. Pas facile de convaincre un marginal ancré dans ses uniques pensées. Un jour, alors que je tentais de l´aider à prendre une décision pour repartir vers Paris à bord d´une voiture d´un ami qui pouvait le transporter, je lui dit (en grand philisophe que j´étais) :  » tu sais Paul, quelquefois, il faut savoir saisir les opportunités qui s´offrent à nous ». Lui : « Quoi ? Qu´est-ce que t´as dit ? Saisir quoi .. ? Répète ? « . Alors, je répétais ma phrase avec, il faut l´avouer, une certaine appréhension.. Il répéta lentement d´un air pensif :  » ..saisir les opportunités.. oui c´est ça ! Je dois l´écrire ! ». Il se leva d´un bon, il prit un stylo et figea cette expression sur la première feuille de papier qu´il trouva. Dans son dénuement, il n´avait ni radio, ni télévision. Dans un sens, s´il avait possédé l´une ou l´autre, il aurait été déjà familiarisé avec cette expression depuis longtemps car elle était à la mode à cette époque. Par ailleurs, pour un poète ne possédant pas ce que le commun des mortels possède, éloigné de toute influence médiatique, c´est la garantie de la préservation d´un style propre !
        La cuisine était située dans l´arrière boutique. Une porte donnait accès à un petit terrain en friche qu´on ne voit pas de l´extérieur. Un soir, nous étions assis sur les marches. Paul était en train de contempler ce ciel d´été très étoilé. Le nez levé vers les astres il dit : « quand tu vois ça c´est grandiose non ? « . Moi :  » ouais, géant ! Un vrai spectacle de la nature.. ». Il me regarde presque indigné et me dit : « Comment ça de la nature ? C´est Dieu qui a créé tout ça ! Qui d´autre aurait pu créé ça ! ». N´étant pas croyant, j´essayais de faire valoir mes toutes petites connaissances sur la théorie du big-bang. J´ai tenté de ne pas le déranger dans ses convictions et de lui faire accepter qu´il y a peut-être une autre interprétation au sujet de la création de l´univers. En vain ! Il était hermétique à tout autre concept. Sentant amèrement mes doutes au sujet de ses affirmations, il monta un peu le ton. Je suis d´une nature plutôt cool. Je ne tente jamais d´essayer d´imposer mon point de vue mais là, sur ce terrain, il voulait s´imposer de force ! Malheureusement, notre amitié s´arrêta ce soir là. Je ne voulais pas le suivre sur ce terrain glissant car je suis plutôt du style rationnel. Je crois en moi et je crois aux Hommes qui croivent en eux. L´heure était arrivée de repartir sur les mers. J´étais de passage sur cette île. J´avais laissé mon voilier au port de la Cotinière et je dormais chez ma tante. Paul et moi avions au moins un point commun. Tous deux étions quelquepart des saltimbanques. Moi des mers et lui de la poésie. Je vivais en équilibre sur mon bateau qui était d´ailleurs mon seul bien, j´avais tout sacrifié et tout lâché pour vivre mon rêve. Quant à Paul, il vivait sur terre, il n´avait rien lâché parce-qu´il n´avait rien ! Mais en revanche il vivait son rêve ! Il était lui-même et à la recherche perpétuelle d´un équilibre lui permettant de poursuivre ses rêves et de survivre..

        Aimé par 1 personne

      2. Bonjour Éric,
        Je vous remercie de votre témoignage sur ce poète hors du commun. Que sa mémoire puisse vivre à travers vos lignes et que d’autres puisse découvrir ou se remémorer par vos lignes laissées ici.
        Bien à vous
        Paul

        J'aime

Répondre à Paul Philbée Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.